Gaillard (La Croix-du-Perche)
![]() La maison de maître et une dépendance du domaine Gaillard, vue du sud-ouest depuis la RD 368.11, 24/05/2026 | |
| Construction | Moyenne-âge (hypothèse) |
|---|---|
| Destination initiale | Forteresse féodale, ferme et moulin |
| Visite possible | Non |
| Propriété | Propriété privée |
| Localisation | |
| Commune | La Croix-du-Perche |
| Protection au titre des Monuments Historiques | |
| Patrimonialité | Non protégé |
Le domaine de Gaillard, qui comprend une maison de maître et un moulin nommé "Moulin Gaillard", est situé à La Croix-du-Perche, au sud et en bordure de l'étang de Gaillard, sur la rivière de la Foussarde, à environ un kilomètre à l'ouest du bourg.
Le site semble occupé dès l'époque médiévale, voire avant. Il a été transformé dans les années 1830 et au milieu du XIXe siècle par la famille du célèbre photographe Camille Silvy[1].
Histoire
D'après Édouard Lefèvre, les environs de l'étang de Gaillard étaient, au haut Moyen-Âge, l'emplacement du « Château-Gaillard », une forteresse contenant le bourg primitif de La Croix-du-Perche. Une enceinte vaguement circulaire située au nord de l'étang, rendue visible grâce à la technologie Lidar, pourrait être celle dont il observait les vestiges en 1856.
En 1495, « la motte et la place de la maison-fort de Gaillard, entourée de bois et d'étangs profonds remplis de poissons d'une excellente qualité » sont encore visibles.
Au début du XIXe siècle, seuls trois petits bâtiments à usage probable de dépendances figurent en plan sur le cadastre ancien. Dans les années 1830, Onésipe Tullius Émile Léon Silvy, professeur au collège de Nogent-le-Rotrou et maire de la ville de 1831 à 1835 — date à laquelle il quitte le Perche pour devenir directeur de la Caisse Hypothécaire de Paris —, achète la propriété, comprenant les trois bâtiments, le vieux moulin, l'étang et près de 250 ha de terre, pour en faire un rendez-vous de chasse et une confortable maison de maître.
L'examen des matrices cadastrales montre deux interventions sur le logis, imputables à Léon Silvy. La première, en 1843, concerne l'agrandissement d'une des trois modestes bâtisses au nord-ouest et au sud-est, les murs de refend, qui à l'origine étaient des murs-pignons, en témoignant. Pour la seconde, en 1854, le bâtiment est rehaussé d'un étage carré, comme l'atteste l'ancienne corniche en brique qui devient alors un bandeau séparant les deux niveaux. La même source atteste la construction d'une ferme commanditée par Léon vers 1843 : l'homogénéité de cet édifice, la recherche de symétrie, le soin apporté et la séparation prononcée entre les différentes parties de la ferme montrent la volonté d'inscrire cette petite construction dans la mouvance des fermes modèles issues des traités d'architecture. Ce notable local la fait construire à proximité immédiate de son rendez-vous de chasse pour y abriter notamment ses chevaux. Un cellier est construit au sud-est de la maison de maître au troisième quart du XIXe siècle.
Alimenté par l'étang de Gaillard sur la rivière de la Foussarde, le moulin est reconstruit en 1863 pour Camille Silvy, fils de Léon, comme l'indique une mention des matrices cadastrales. En activité jusque dans les années 1950, il pouvait encore fonctionner dans les années 1990 et son mécanisme reste intact de nos jours, dans un rare état de conservation. Sa vocation de mouture de céréales est bien visible sur sa façade principale, où sont toujours présentes les inscriptions « Farine – Son – Meute d'orge »[2].
Architecture
La maison de maître se situe au sud de l'étang de Gaillard, à proximité de la ferme du même lieu-dit. Elle s'élève sur deux niveaux (un rez-de-chaussée et un étage carré) séparés par un bandeau en brique, ancienne corniche du bâtiment en rez-de-chaussée. Les façades principales, éclairées par sept travées chacune, sont orientées au nord-est et au sud-ouest. Les façades latérales ne sont percées que de deux portes, dont une bouchée au nord-ouest.
Plusieurs cheminées, comme en témoignent les deux grosses souches aux conduits multiples, chauffent les pièces de la maison. Les ouvertures du rez-de-chaussée, en brique, sont surmontées d'arcs en plein cintre ; celles de l'étage, en pierre de taille de calcaire, sont quadrangulaires et surmontées d'une plate-bande. Les ouvertures du cellier, en brique, sont surmontées d'arcs brisés. Les murs sont en moellons de silex couverts d'un enduit plein. Les encadrements des baies, tout comme les chaînages d'angles, sont mixtes : en brique ou en pierre de taille de calcaire. La corniche et la partie sommitale des piliers cormiers sont moulurées, en pierre de taille de calcaire. Le toit est à longs pans et à croupe (maison de notable), couvert en ardoise.
Le changement de matériaux entre les deux niveaux montre bien le décalage des deux campagnes de construction. De style classique, la sobriété du rez-de-chaussée (arc en plein cintre en brique) contraste avec le calcaire des ouvertures, de la corniche et des piliers cormiers moulurés. L'histoire relativement bien connue et le côté atypique de cette maison de notable font de l'ensemble qu'elle forme avec la ferme, le moulin et l'étang, un ensemble patrimonial de premier ordre à l'échelle communale[2].


Le moulin Gaillard
La partie la plus ancienne du moulin, au nord du bâtiment, remonterait à 1830 (date portée sur le linteau de la porte). À cette époque, il appartient à François Rivière, commanditaire de sa reconstruction ou de son agrandissement, comme l'indiquent l'inscription sur le linteau et une mention dans les tables des propriétaires des matrices cadastrales.
Peu de temps après, le moulin, faisant partie du vaste domaine, est vendu à la famille Silvy, et Camille Silvy le fait reconstruire en 1863 en conservant la partie nord de l'édifice (fenêtre datée et chaînage d'angle en pierre de taille calcaire).
Les dépendances (fournil et bâtiment secondaire) datent probablement du quatrième quart du XIXe siècle ou du premier quart du XXe siècle.

Architecture
Le Moulin Gaillard se situe à environ un kilomètre à l'ouest du bourg, en bordure de l'étang de Gaillard. Le lieu-dit comprend trois bâtiments dont deux, en vis-à-vis, délimitent une cour ouverte. Le bâtiment principal abrite le moulin et le logement du meunier. Il s'élève sur deux niveaux accessibles de plain-pied (à l'est pour l'étage de soubassement, à l'ouest pour le rez-de-chaussée surélevé).
Alimenté par l'étang de Gaillard, la chute d'eau actionne une roue métallique placée sous un appentis contre le pignon sud du bâtiment principal. Les mécanismes (arbre, engrenage, etc.) ainsi que le logis du meunier (pièce unique) se trouvent au niveau inférieur. Les trémies, meules et trieuses se situent au rez-de-chaussée surélevé et sous le comble à surcroît. Un escalier en vis en bois, suspendu et sans mur de cage, placé au centre du bâtiment, dessert chaque niveau. Les murs, couverts d'un enduit plein à la chaux, sont en moellons de silex à l'exception du rehaussement côté est en pan de bois hourdé en terre. Les chaînages d'angle et les encadrements des baies sont en brique à l'exception d'une fenêtre et d'une partie de chaînage en pierre de taille calcaire. En plein cintre côté ouest, les ouvertures en brique sont en arc segmentaire sur les autres façades. Une lucarne pendante en bâtière donne accès au comble à surcroît.
Le bâtiment secondaire, à l'est du premier, sert de dépendances. Du nord au sud, il abrite des clapiers à lapins, le poulailler, un toit à porcs, une grange, une écurie, une étable et une remise. La charpente repose sur des poteaux en bois placés sur des socles en pierre de taille de grès (ou grison) ou maçonnés. Les murs sont en moellons de silex couverts d'un enduit plein ou à pierre vue à la chaux. Les encadrements des baies sont en brique, souvent surmontés d'un linteau en bois. Deux lucarnes pendantes en bâtière permettent l'accès au comble à usage de grenier. Un fournil, associé à un toit à porcs, se situe au sud de l'ensemble. Ses murs sont en moellons de silex couverts d'un enduit plein à la chaux, ses ouvertures et chaînes d'angles en brique. Les toits sont à longs pans couverts en ardoise (bâtiment principal) ou en tuile plate.
Dans un très bon état de conservation (tout le mécanisme est en place, peu de remaniements, bonne lisibilité des bâtiments), ce moulin constitue un témoignage assez unique à l'échelle du Parc du Perche quant au fonctionnement de ce type d'édifice à forte valeur ethnologique. Il mérite une étude plus approfondie. L'ensemble formé par le moulin, la maison de maître et la ferme constitue un site patrimonial et paysager (avec l'étang de Gaillard) de premier ordre à l'échelle communale, voire supra[3].
Sources
- ↑ Camille Silvy (1834-1910), un pionnier de la photographie dans le Perche, Inventaire du Patrimoine, Région Centre-Val de Loire
- ↑ 2,0 et 2,1 Gaillard : maison de maître, base merimee, notice n°IA28000045, Plateforme Ouverte du Patrimoine, Ministère de la Culture
- ↑ Moulin Gaillard : moulin, base merimee, notice n°IA28000053, Plateforme Ouverte du Patrimoine, Ministère de la Culture

