Ligne de Nogent-le-Rotrou à Bonneval
| Numéro officiel | N/A |
|---|---|
| Propriétaire | Conseil Général d'Eure-et-Loir |
| Historique | |
| Mise en service | 26 juin 1908 (ouverture de la voie) - 10 juillet 1908 (ouverture commerciale) |
| Fermeture | 1ᵉʳ janvier 1934 |
| Déclassement | N/A |
| Concessionnaire original | Groupe Baert-Verney, puis Société générale des transports départementaux (SGTD) |
| Caractéristiques techniques | |
| Longueur | 61,4 km |
| Ecartement | Métrique (1 m) |
| Electrification | Non éléctrifiée |
| Nombre de voies | 1 (voie unique) |
| Pente maximale | N/A ‰ |
La ligne de tramway de Nogent-le-Rotrou à Bonneval était une ligne ferroviaire du réseau des Tramways d'Eure-et-Loir, permettant de relier Nogent-le-Rotrou à Bonneval via Brou. Elle fut ouverte en 1908 et ferma en 1934[1].
La ligne de Nogent-le-Rotrou à Bonneval était composée de deux sections :
- La section Bonneval - Brou, longue de 25,5 km, qui desservait les arrêts suivants : Bonneval - Perruchay - Alluyes - Saumeray - Dangeau - Brétigny-Bullou - Yèvres - Brou-ville - Brou-Etat[2]
- La section Brou - Nogent-le-Rotrou, longue de 35,9 km, qui desservait les arrêts suivants : Brou-Etat - La Sablonnière (halte facultative) - Dampierre-sous-Brou - Unverre - Moulhard - Luigny - Miermaigne - Beaumont-les-Autels - Grand-Aubert (halte facultative) - Vichères - Coutretôt (halte facultative) - Trizay - Pados (halte facultative) - Nogent-le-Rotrou-ville - Nogent-le-Rotrou-Etat[3][4]
Il fallait environ 2h pour faire le trajet de Brou à Nogent-le-Rotrou.
Notez qu'il s'agit ici d'une ligne de tramway. La principale différence avec les chemins de fer traditionnels est que le tramway ne possède pas toujours de voie propre. Hors agglomération, il borde généralement les routes et en ville, il emprunte les voies de circulation et les trottoirs. Très utilisé au début du XXe siècle, il permettait le transport de marchandises et de voyageurs sur des distances inférieures à 100 km, à l'échelle d'un département. La plupart de ces lignes n'étaient pas électrifiées et étaient constituées d'une voie unique à écartement métrique. À partir des années 1930, ce mode de transport fût progressivement abandonné au profit du transport routier, plus flexible et moins couteux à exploiter.
Histoire
Préparation et début des travaux
Le 14 mars 1907, M. Baert, administrateur de la compagnie des tramways du département, est autorisé par le préfet d'Eure-et-Loir à occuper temporairement une parcelle de pré située rue Marin-Dubuard à Nogent-le-Rotrou, appartenant à Félix Albert Henri Bouvet, professeur au grand séminaire de Chartres. Cette parcelle servira au dépôt de ballast pour la construction de la voie.
Le 24 mars 1907, le maire de Nogent-le-Rotrou, Villette-Gaté, publie l'arrêté préfectoral et le plan annexé à la mairie.
Le 15 septembre 1907, le premier accident lié à la construction du tramway est signalé. Julien Robic, contre-maître au tramway, est impliqué dans une collision entre un wagon de sable et une voiture chargée de grain. Le conducteur de l'attelage, Hippolyte Denis, est également blessé.
Le 13 octobre 1907, plusieurs accidents de voitures sont rapportés, dus à la présence des voies du tramway. Les essieux de plusieurs véhicules sont tordus ou cassés, notamment dans les rues du Pâty et des Bouchers.
Le 20 octobre 1907, une lettre publiée dans Le Nogentais critique l'absence de contre-rails sur les voies du tramway, ce qui rendrait la circulation dangereuse. G. Fauquet souligne que l'administration municipale aurait dû exiger l'installation de contre-rails pour sécuriser les passages.
Le 24 novembre 1907 : Le maire de Nogent-le-Rotrou, Villette-Gaté, envoie une pétition au préfet d'Eure-et-Loir pour demander l'installation d'un arrêt du tramway à l'entrée de la ville, près de la rue des Bouchers et du Croc. Cette demande vise à faciliter l'accès au marché et à la gare Saint-Lazare.
Inaugurations et début de l'exploitation
Le 26 juin 1908, la section de Nogent-le-Rotrou à Brou est ouverte au public.
Le 28 juin 1908, inauguration "officielle" de la section de Brou à Nogent-le-Rotrou, en présence de M. Barthou, ministre des travaux publics. Le départ de Brou a lieu à 15h40 et l'arrivée à Nogent est prévue à 19h.
Le 5 juillet 1908, inauguration "festive" de la section de Brou à Nogent-le-Rotrou. Le journal Le Nogentais décrit l'événement, soulignant le retard du train officiel et les discours prononcés dans chaque commune traversée. Plusieurs personnalités locales, dont Félix Thirouard (maire de Moulhard), M. Clément (maire de Luigny), et M. Lesieur (maire de Miermaigne), accueillent le ministre pour un grand banquet à la salle des colonnes. Le journal Le Nogentais du jour même raconte l'inauguration[5] :
Après une matinée bien employée à l’inauguration du tramway d’Angerville à Chartres, M. Barthou, ministre des travaux publics, se pressa d’aller déjeuner à Brou pour ne pas accepter l’invitation de la capitale d’Eure-et-Loir, ainsi punie de la persistance qu’elle met à refuser sa confiance à M. Lhopiteau et à ses amis.
A Brou, grand tralala, banquet à une heure, soleil ardent, pluie de discours, de palmes et de médailles, et départ pour Nogent du train officiel – fraîchement décoré, lui aussi – avec 50 minutes de retard ; il en rattrapera heureusement 40 en cours de route.
Nous brûlerons comme lui les étapes, en évitant toutefois de brûler la politesse aux municipalités accourues pour présenter leurs hommages à M. le Ministre et qui furent souvent reçues de façon plutôt cavalière.
Dampierre-sous-Brou nous intéresse peu. Unverre nous irait davantage, surtout s’il était à boire. Filons jusqu’à Moulhard, où nous mettons le pied chez nous et où M. Félix Thirouard, maire, est apostrophé par le ministre, qui, lisant par-dessus l’épaule du magistrat, sort sa réponse avant la fin de la lecture de l’adresse. On est pressé que diable ! Une poignée de main à l’instituteur et en route pour Luigny.
Nous sommes dans une contrée où règne la dynastie, très estimée du reste, des Thirouard. A Luigny, comme à Moulhard, c’est un de ces représentants qui administre la commune ; à son défaut, l’adjoint est également un Thirouard. Bref, le maire – M. Clément – assure le ministre du dévouement de la population et de ses représentants à la République.
Un alerte vieillard, le père Poirier, est présenté à M. Barthou, ainsi que l’instituteur M. Foucault et l’institutrice Mlle Poiget, qui sont félicités des résultats du certificat d’études, où leurs 15 élèves présentés furent reçus.
Vivement on part pour Miermaigne, où M. Lesieur, maire, y va aussi de ses quelques mots de bienvenue, auxquels répond brièvement le ministre, qui reçoit des fleurs d’une charmante fillette, Mlle Thuault.
Une rafraîchissante mais trop rapide échappée sous bois, et le tramway arrive à Beaumont, où le maire et son collègue d’Argenvilliers ajoutent quelques paroles du même genre entendues depuis le matin. L’instituteur M. Chapron, la brave subdivision de pompiers et son dévoué lieutenant M. Foulon sont présentés au ministre. On s’étonne de ne pas voir à la gare la Société musicale, qui prête son concours à toutes les fêtes de Beaumont. Renseignement pris, il parait que M. le Maire, qui est en même temps vice-président de la Société, a oublié de la convoquer. C’est un oubli qu’il devra ne pas renouveler s’il ne veut pas se mettre à dos toute la population.
Un coup de sifflet après une longue courbe et nous tombons sur Vichères, dont le maire en quatrième, M. Garreau, bredouille à M. le ministre quelques mots sur la vaillance républicaine de sa commune.
A Trizay, derniers souhaits de M. Neveu, maire, et entrée sensationnelle dans le cortège du député de Dreux, M. Viollette, qui est venu à pied de Nogent pour attendre le train et monter, au moins quelques minutes avec les autorités…
Des mugissements répétés : on arrive à Nogent, et à 6 heures 10 tout le monde descend sur le quai, où a lieu par M. le Maire une brève présentation du Conseil municipal. Les fonctionnaires sont également présents, mais la réception annoncée est écourtée comme tout le reste, et le cortège, précédé de l’Harmonie et des Trompettes, encadré de gendarmes à cheval, gravit à pied l’avenue de la République pour se rendre à l’Hôtel de Ville.
Le 10 juillet 1908, ouverture commerciale de la section de Brou à Nogent-le-Rotrou. La ligne dessert les arrêts suivants : Brou-État, La Sablonnière, Dampierre-sous-Brou, Unverre, Moulhard, Luigny, Miermaigne, Beaumont-les-Autels, Grand-Aubert, Vichères, Coutretôt, Trizay, Pados, Nogent-le-Rotrou-ville, et Nogent-le-Rotrou-État.
Le 13 août 1908 ouverture de la section de Brou à Bonneval.
Le 19 juillet 1908, des voyageurs se plaignent des retards et de l'absence de communication en cas de panne. Un groupe de onze Nogentais, en attente à Trizay, est abandonné par le tramway après avoir été aperçu par le conducteur.
Le 28 juillet 1908, l'arrêt facultatif de Pados est déplacé à La Plante (rapprochant l'arrêt de la ligne de Nogent-le-Rotrou à Arrou qui passait à proximité), provoquant des mécontentements parmi les habitants. Les voyageurs sont souvent laissés en plan, et les horaires ne sont pas respectés.
Le 9 août 1908, les habitants de Brou et de Nogent-le-Rotrou expriment leur mécontentement concernant les horaires et la fréquence des trains. Les Broutains bénéficient de meilleurs horaires pour se rendre à Nogent, tandis que les Nogentais sont désavantagés pour le marché de Brou.
Le 16 août 1908, plusieurs plaintes sont rapportées quant aux retards, les pannes et le manque de communication. Un voyageur, M. de V..., réclame un remboursement partiel après une panne à Brou.
Le 22 novembre 1908, l'arrêt au Pâty est finalement accordé en principe. La compagnie du tramway accepte cette demande pour faciliter l'accès au quartier.
Problèmes et incidents
Malgré le succès du tramway, plusieurs problèmes et incidents récurrents ont lieu. Des déraillements et pannes sont signalés, notamment à Trizay et à Pasd'eau-la-Plante. Les voyageurs sont souvent laissés en rade, les retards sont fréquents, et les arrêts facultatifs ne sont pas toujours respectés, obligeant parfois les voyageurs à marcher plusieurs kilomètres pour rejoindre leur destination.
Le tramway pose aussi des problèmes d'hygiène : sa construction perturbe le nettoyage des rues traversées. Les habitants se plaignent de l'accumulation d'ordures et de la difficulté à maintenir la propreté.
Pour terminer, Les voyageurs critiquent les tarifs des billets aller-retour, jugés plus chers que deux billets simples. Les arrêts facultatifs ne sont pas toujours respectés.
Fermeture de la ligne
La ligne de tramway de Nogent-le-Rotrou à Bonneval ferma le 1er janvier 1934, suite à la décision du Conseil Général d'Eure-et-Loir de remplacer les tramways par des autocars, pour des raisons financières et pratiques.[6]
Sources
- ↑ L’histoire des relations ferroviaires entre Perche, Beauce et Val de Loire, Bulletin d'informations de Janvier 2017, p. 4, Association Française des amis des chemins de fer Centre-Loire [archive]
- ↑ 7 - Bonneval - Nogent-le-Rotrou, Vélorails du Pays Chartrain
- ↑ Brou : Gare de tramway (Ligne Bonneval-Brou-Nogent-le-Rotrou), Cercle de Recherches Généalogiques du Perche-Gouët
- ↑ Horaires des trains de la ligne TEL de Nogent-le-Rotrou à Brou, Le Nogentais, 1908
- ↑ L’inauguration de Dimanche – de Brou à Nogent, Journal Le Nogentais, 05/07/1908
- ↑ Chronique du tramway, Le Tramway Brou-Nogent d'après les articles du Nogentais, Cercles de Recherches Généalogiques du Perche-Gouët.
