« Manoir Michelet (Nogent-le-Rotrou) » : différence entre les versions

De WikiPerche
Aucun résumé des modifications
Aucun résumé des modifications
 
(2 versions intermédiaires par le même utilisateur non affichées)
Ligne 1 : Ligne 1 :
Le '''Manoir Michelet''' est un manoir urbain situé à Nogent-le-Rotrou, dans le département d’Eure-et-Loir. Construit entre 1480 et 1500 pour une riche famille de marchands de fer, les Michelet.  
[[Fichier:Manoir michelet NO.jpg|vignette|Manoir Michelet, vu de la cour intérieure au nord-ouest. Photo tirée du site officiel du Manoir, date inconnue]]
[[Fichier:Manoir michelet SO.jpg|vignette|Manoir Michelet, vu de la rue Bourg-le-Comte au sud-ouest. Photo tirée du site officiel de Manoir, date inconnue]]
Le '''Manoir Michelet''' est un manoir urbain situé à [[Nogent-le-Rotrou (commune)|Nogent-le-Rotrou]]. Construit entre 1480 et 1500 pour une riche famille de marchands de fer, les Michelet.  


Aujourd’hui, le Manoir est une chambre d’hôtes de charme, labellisée "Chambre d’hôtes référence" par l’office de tourisme du Perche, et continue d’accueillir des visiteurs en quête d’histoire et d’authenticité<ref>[https://www.lechorepublicain.fr/nogent-le-rotrou-28400/actualites/le-manoir-michelet-premier-hebergement-qualifie-chambre-dhotes-reference-du-perche_12923771/ ''Le manoir Michelet, premier hébergement qualifié "Chambre d’hôtes référence" du Perche'', Journal "L'Echo Républicain", 14/07/2018]</ref>.
Aujourd’hui, le Manoir est une chambre d’hôtes de charme, labellisée "Chambre d’hôtes référence" par l’office de tourisme du Perche, et continue d’accueillir des visiteurs en quête d’histoire et d’authenticité<ref>[https://www.lechorepublicain.fr/nogent-le-rotrou-28400/actualites/le-manoir-michelet-premier-hebergement-qualifie-chambre-dhotes-reference-du-perche_12923771/ ''Le manoir Michelet, premier hébergement qualifié "Chambre d’hôtes référence" du Perche'', Journal "L'Echo Républicain", 14/07/2018]</ref>.
Ligne 6 : Ligne 8 :


=== Origines et famille Michelet ===
=== Origines et famille Michelet ===
Le '''Manoir Michelet''' est construit à la fin du XV<sup>e</sup> siècle, entre 1480 et 1500, par ''Pierre Michelet dit l’Aîné'', membre d’une riche famille de marchands de fer. Ce dernier est considéré comme le plus ancien représentant connu de la famille Michelet à Nogent-le-Rotrou. Le manoir reste dans cette famille pendant près de deux siècles, passant de génération en génération.
Le '''Manoir Michelet''' est construit à la fin du XV<sup>e</sup> siècle, entre 1480 et 1500, par ''Pierre Michelet dit l’Aîné'', membre d’une riche famille de marchands de fer. Ce dernier est considéré comme le plus ancien représentant connu de la famille Michelet à [[Nogent-le-Rotrou (commune)|Nogent-le-Rotrou]]. Le manoir reste dans cette famille pendant près de deux siècles, passant de génération en génération.


En 1588, ''François Michelet'', petit-fils de ''Pierre Michelet dit l’Aîné'', devient ''Sieur de la Bigotière''. Bien que trop jeune pour avoir fait construire le manoir, il en est le premier propriétaire clairement identifié. Il épouse ''Françoise Gobillon'', Dame de Launay, avec qui il a neuf enfants, tous baptisés dans l’Église Notre-Dame des Marais, située à proximité du manoir.
En 1588, ''François Michelet'', petit-fils de ''Pierre Michelet dit l’Aîné'', devient ''Sieur de la Bigotière''. Bien que trop jeune pour avoir fait construire le manoir, il en est le premier propriétaire clairement identifié. Il épouse ''Françoise Gobillon'', Dame de Launay, avec qui il a neuf enfants, tous baptisés dans l’[[Église Notre-Dame (Nogent-le-Rotrou)|Église Notre-Dame des Marais]], située à proximité du manoir.


En 1639, ''Marguerite Michelet'', fille de ''François Michelet'', épouse ''Thomas Champion'', Sieur de Launay. Sa sœur, ''Françoise Michelet'', épouse ''Jacques Aubin'', Sieur de la Galaisière et des Espinays. Les deux sœurs passent leur enfance et leur veuvage au '''Manoir Michelet'''.  
En 1639, ''Marguerite Michelet'', fille de ''François Michelet'', épouse ''Thomas Champion'', Sieur de [[L'Aunay (Nogent-le-Rotrou)|Launay]]. Sa sœur, ''Françoise Michelet'', épouse ''Jacques Aubin'', Sieur de [[Galaisière (Margon)|la Galaisière]] et des Espinays. Les deux sœurs passent leur enfance et leur veuvage au '''Manoir Michelet'''.  


À la mort de ''Françoise Michelet'' en 1673, c’est leur neveu, ''Michel Michelet'', Sieur de la Gentilière, qui hérite du manoir et y vit jusqu’en 1700.
À la mort de ''Françoise Michelet'' en 1673, c’est leur neveu, ''Michel Michelet'', Sieur de la [[Gentilière (Brunelles)|Gentilière]], qui hérite du manoir et y vit jusqu’en 1700.


=== Changements de propriétaires et transformations ===
=== Changements de propriétaires et transformations ===
Ligne 19 : Ligne 21 :
En 1720, le manoir est vendu à ''Jacques de Nugent'', Écuyer, Seigneur de Johnstown en Irlande, et à son épouse ''Marie Jeanne de Clergeot''. Leur fille, ''Marie Louise de Nugent'', épouse en 1749 ''Jean-Jacques de Guéroult de la Fontenelle'', Écuyer, Sieur de la Terrière, de la Lisardière et de la Gloriette.
En 1720, le manoir est vendu à ''Jacques de Nugent'', Écuyer, Seigneur de Johnstown en Irlande, et à son épouse ''Marie Jeanne de Clergeot''. Leur fille, ''Marie Louise de Nugent'', épouse en 1749 ''Jean-Jacques de Guéroult de la Fontenelle'', Écuyer, Sieur de la Terrière, de la Lisardière et de la Gloriette.


À la mort de ''Marie Louise de Nugent'' en 1771, le manoir est cédé à la commune de Nogent-le-Rotrou pendant la Révolution française et devient la gendarmerie à pied de la ville durant une vingtaine d’années.
À la mort de ''Marie Louise de Nugent'' en 1771, le manoir est cédé à la commune de [[Nogent-le-Rotrou (commune)|Nogent-le-Rotrou]] pendant la Révolution française et devient la gendarmerie à pied de la ville durant une vingtaine d’années.


=== Le manoir devient un pensionnat ===
=== Le manoir devient un pensionnat ===
En 1822, le '''Manoir Michelet''' est racheté par ''Louis-Arsène Meunier'', un instituteur passionné. Il transforme le manoir en pensionnat, pouvant accueillir jusqu’à une centaine d’élèves. ''Louis-Arsène Meunier'' décrit lui-même le manoir comme une « maison très vaste », où il a la possibilité de loger 25 à 30 jeunes gens. Il agrandit même une salle pour en faire une classe, en abattant un mur pour y joindre une pièce voisine.
En 1822, le '''Manoir Michelet''' est racheté par ''Louis-Arsène Meunier'', un instituteur passionné. Il transforme le manoir en pensionnat, pouvant accueillir jusqu’à une centaine d’élèves. ''Louis-Arsène Meunier'' décrit lui-même le manoir comme une « maison très vaste », où il a la possibilité de loger 25 à 30 jeunes gens. Il agrandit même une salle pour en faire une classe, en abattant un mur pour y joindre une pièce voisine.


En 1832, ''Louis-Arsène Meunier'' quitte Nogent-le-Rotrou pour Évreux, après avoir été nommé directeur de l’École Normale de l’Eure. Le pensionnat continue d’exister sous la direction de ''Maurice-Sébastien Vigneau'', puis le manoir est vendu en 1840.
En 1832, ''Louis-Arsène Meunier'' quitte [[Nogent-le-Rotrou (commune)|Nogent-le-Rotrou]] pour Évreux, après avoir été nommé directeur de l’École Normale de l’Eure. Le pensionnat continue d’exister sous la direction de ''Maurice-Sébastien Vigneau'', puis le manoir est vendu en 1840.


=== Une histoire plus récente ===
=== Une histoire plus récente ===
Ligne 91 : Ligne 93 :
Au fil des siècles, le '''Manoir Michelet''' a subi plusieurs modifications, reflétant les changements de propriétaires et d’usages :
Au fil des siècles, le '''Manoir Michelet''' a subi plusieurs modifications, reflétant les changements de propriétaires et d’usages :


* Reconstruction des ouvertures : Certaines fenêtres, notamment celles des façades nord et sud du bâtiment 1, ont été reconstruites en pierre blanche, probablement au début du XXIe siècle. Ces modifications, bien que respectueuses de l’esthétique d’origine, témoignent d’une volonté de modernisation et de conservation.
* Reconstruction des ouvertures : Certaines fenêtres, notamment celles des façades nord et sud du bâtiment 1, ont été reconstruites en pierre blanche, probablement au début du XXI<sup>e</sup> siècle. Ces modifications, bien que respectueuses de l’esthétique d’origine, témoignent d’une volonté de modernisation et de conservation.
* Ajout de dépendances : Le bâtiment 6, construit au XVIIe siècle, ainsi que les travées 5 et 6, ont été ajoutés pour répondre aux besoins croissants des occupants. Ces extensions, bien que postérieures à la construction initiale, s’intègrent harmonieusement à l’ensemble architectural.
* Ajout de dépendances : Le bâtiment 6, construit au XVIIe siècle, ainsi que les travées 5 et 6, ont été ajoutés pour répondre aux besoins croissants des occupants. Ces extensions, bien que postérieures à la construction initiale, s’intègrent harmonieusement à l’ensemble architectural.



Dernière version du 30 décembre 2025 à 15:29

Manoir Michelet, vu de la cour intérieure au nord-ouest. Photo tirée du site officiel du Manoir, date inconnue
Manoir Michelet, vu de la rue Bourg-le-Comte au sud-ouest. Photo tirée du site officiel de Manoir, date inconnue

Le Manoir Michelet est un manoir urbain situé à Nogent-le-Rotrou. Construit entre 1480 et 1500 pour une riche famille de marchands de fer, les Michelet.

Aujourd’hui, le Manoir est une chambre d’hôtes de charme, labellisée "Chambre d’hôtes référence" par l’office de tourisme du Perche, et continue d’accueillir des visiteurs en quête d’histoire et d’authenticité[1].

Histoire

Origines et famille Michelet

Le Manoir Michelet est construit à la fin du XVe siècle, entre 1480 et 1500, par Pierre Michelet dit l’Aîné, membre d’une riche famille de marchands de fer. Ce dernier est considéré comme le plus ancien représentant connu de la famille Michelet à Nogent-le-Rotrou. Le manoir reste dans cette famille pendant près de deux siècles, passant de génération en génération.

En 1588, François Michelet, petit-fils de Pierre Michelet dit l’Aîné, devient Sieur de la Bigotière. Bien que trop jeune pour avoir fait construire le manoir, il en est le premier propriétaire clairement identifié. Il épouse Françoise Gobillon, Dame de Launay, avec qui il a neuf enfants, tous baptisés dans l’Église Notre-Dame des Marais, située à proximité du manoir.

En 1639, Marguerite Michelet, fille de François Michelet, épouse Thomas Champion, Sieur de Launay. Sa sœur, Françoise Michelet, épouse Jacques Aubin, Sieur de la Galaisière et des Espinays. Les deux sœurs passent leur enfance et leur veuvage au Manoir Michelet.

À la mort de Françoise Michelet en 1673, c’est leur neveu, Michel Michelet, Sieur de la Gentilière, qui hérite du manoir et y vit jusqu’en 1700.

Changements de propriétaires et transformations

En 1700, Michel Michelet fait donation du manoir à Gabrielle Mathurine Foussard de Boisard et à son époux, Paul François, Chevalier du Chesnay. En 1708, le manoir est cédé à Pierre III d’Escorches, Sieur du Mesnil Sainte Croix, et à son épouse Anne de Samé, suite à un héritage.

En 1720, le manoir est vendu à Jacques de Nugent, Écuyer, Seigneur de Johnstown en Irlande, et à son épouse Marie Jeanne de Clergeot. Leur fille, Marie Louise de Nugent, épouse en 1749 Jean-Jacques de Guéroult de la Fontenelle, Écuyer, Sieur de la Terrière, de la Lisardière et de la Gloriette.

À la mort de Marie Louise de Nugent en 1771, le manoir est cédé à la commune de Nogent-le-Rotrou pendant la Révolution française et devient la gendarmerie à pied de la ville durant une vingtaine d’années.

Le manoir devient un pensionnat

En 1822, le Manoir Michelet est racheté par Louis-Arsène Meunier, un instituteur passionné. Il transforme le manoir en pensionnat, pouvant accueillir jusqu’à une centaine d’élèves. Louis-Arsène Meunier décrit lui-même le manoir comme une « maison très vaste », où il a la possibilité de loger 25 à 30 jeunes gens. Il agrandit même une salle pour en faire une classe, en abattant un mur pour y joindre une pièce voisine.

En 1832, Louis-Arsène Meunier quitte Nogent-le-Rotrou pour Évreux, après avoir été nommé directeur de l’École Normale de l’Eure. Le pensionnat continue d’exister sous la direction de Maurice-Sébastien Vigneau, puis le manoir est vendu en 1840.

Une histoire plus récente

En 1846, le Manoir Michelet est racheté par Joseph-Jacques Vallet, conducteur des Ponts et Chaussées. Après sa mort en 1862, sa veuve vend le manoir à Sébastien Joseph Chouanard, marchand de bœufs et cultivateur. Le manoir reste dans la famille Chouanard jusqu’au début du XXe siècle, avant d’être occupé par l’école Le Cours Saint-Jean à partir de 1957.

Aujourd’hui, le manoir est une chambre d’hôtes de charme, restaurée avec passion par son propriétaire actuel, Marc Feldman, qui a ouvert les premières chambres en 2011.[2][3]

Architecture

Le Manoir Michelet est un ensemble architectural complexe, organisé selon un plan en forme de L, délimitant une cour intérieure et un jardin à l’arrière. Cette disposition, typique des manoirs percherons, reflète à la fois une fonction résidentielle et une organisation pratique pour la vie quotidienne et les activités économiques de l’époque.

Les bâtiments sont construits principalement en petits moellons de calcaire et de silex, recouverts d’un enduit, tandis que les éléments porteurs, les encadrements de portes et de fenêtres, ainsi que les sculptures décoratives sont réalisés en pierre de taille. Cette combinaison de matériaux confère au manoir une robustesse et une esthétique caractéristique de l’architecture médiévale tardive.

Plan du Manoir Michelet, Direction de l'Inventaire du Patrimoine, Région Centre Val de Loire, 2015

Bâtiment 1 : Le corps principal

Le bâtiment 1, cœur du Manoir Michelet, présente un plan rectangulaire avec son grand côté parallèle à la rue Bourg-le-Comte. Il est divisé en plusieurs niveaux, chacun ayant une fonction spécifique :

  • Rez-de-chaussée : Ce niveau était accessible à tous et servait à la fois de lieu de réception et d’espace dédié aux affaires commerciales. Il est couvert d’un plancher reposant sur deux poutres, dont l’une est moulurée d’un quart-de-rond. Une cheminée imposante, ornée d’un faux-manteau avec une plate-bande à crossettes et un arc surbaissé, chauffait cette pièce. Les colonnes à chapiteaux pyramidaux et les bases polygonales de la cheminée ajoutent une touche de raffinement architectural. Une porte centrale, encadrée de moulures, donne accès à la rue, tandis qu’une seconde porte, alignée dans le même axe, permet de rejoindre le bâtiment 3 (la tour d’escalier). Des fenêtres à croisées, ornées de moulures en cavets et baguettes, éclairent cet espace.
  • Premier étage : Réservé aux seigneurs et à leur famille, ce niveau était divisé en plusieurs chambres. L’accès se faisait par un escalier en vis situé dans la tour octogonale. Les pièces étaient chauffées par des cheminées et éclairées par des fenêtres à croisées, similaires à celles du rez-de-chaussée, mais avec des moulures plus élaborées. Une particularité architecturale notable est la présence d’une colonne polygonale engagée, supportant une console, qui renforce la structure du plancher.
  • Combles : Les combles, utilisés comme grenier, sont accessibles par une porte depuis la tour d’escalier. La charpente, de type médiéval, est composée de chevrons formant des fermes avec des entraits retroussés et des poinçons octogonaux. Les fermes sont contreventées par des pannes faitières et des croix de Saint-André, assurant une grande stabilité à l’ensemble.

Bâtiment 2 : Le passage carrossable

Le bâtiment 2 est plaqué contre le bâtiment 1 et abrite un passage carrossable permettant d’accéder à la cour intérieure depuis la rue Bourg-le-Comte. Ce passage, couvert par un plancher, est encadré par des chaînes d’angle en pierre de taille, qui servent également de piédroits à la porte carrossable.

Au premier étage, une fenêtre étroite éclaire cet espace, tandis qu’une corniche en quart-de-rond couronne la façade. Ce bâtiment, bien que moins décoré que les autres, joue un rôle essentiel dans la circulation au sein du manoir.

Bâtiment 3 : La tour d’escalier

La tour d’escalier, de forme octogonale et demi-hors-œuvre, est l’un des éléments les plus remarquables du Manoir Michelet. Elle est implantée à l’angle formé par les bâtiments 1 et 4 et abrite un escalier en vis à noyau circulaire et base polygonale. Cet escalier dessert tous les niveaux du manoir, de la cave aux combles.

  • Accès et décoration : La porte d’entrée de la tour, située côté cour, est surmontée d’un arc en accolade mouluré de cavets et de réglets. Un décor de choux frisés, sculpté en relief, orne l’extrados de l’arc, tandis que deux pinacles encadrent l’ensemble. Cette porte donne accès à un escalier en vis, dont les marches en pierre mènent aux différents niveaux. La tour est percée de petites fenêtres chanfreinées, qui éclairent l’escalier et offrent une vue sur la cour. Ces ouvertures, bien que modestes, ajoutent une touche de lumière naturelle à cet espace souvent sombre.
  • Fonction symbolique : La tour d’escalier, en plus de sa fonction pratique, symbolise le statut social des propriétaires. Son architecture soignée et ses sculptures en font un élément de prestige, caractéristique des manoirs seigneuriaux.

Bâtiment 4 : Les espaces de vie et de service

Le bâtiment 4, accessible depuis la tour d’escalier, abrite des pièces de vie et de service. Il est organisé autour d’un volume unique, couvert par un plancher et éclairé par des fenêtres donnant sur la cour.

  • Rez-de-chaussée : Ce niveau est chauffé par une cheminée dont le manteau est orné de plates-bandes et d’une hotte droite. Une niche, éclairée par un petit jour, abrite un évier, suggérant que cette pièce était utilisée pour des tâches domestiques, comme la préparation des repas. Une porte bouchée, visible dans le mur sud, indique une ancienne communication avec le bâtiment 1, témoignant d’une organisation interne flexible.
  • Cave : Les caves, situées sous le bâtiment 4, sont composées de salles semi-excavées couvertes de voûtes en berceau surbaissé. Ces espaces, utilisés pour le stockage, sont accessibles depuis la tour d’escalier et communiquent avec la cour par des soupiraux.
  • Combles : Les combles du bâtiment 4 sont accessibles par une porte depuis la tour d’escalier. La charpente, similaire à celle du bâtiment 1, est marquée par des fermes à chevrons et des entraits retroussés. Une souche de cheminée, visible sur le mur pignon nord, indique que cet espace était probablement chauffé à une certaine époque.

Bâtiment 5 : Les dépendances

Le bâtiment 5, accolé au bâtiment 4, est divisé en deux salles et possède une cave voûtée. Il est accessible depuis le bâtiment 4 par une porte à linteau en bois.

  • Rez-de-chaussée : Ce niveau est éclairé par deux fenêtres, dont une à demi-croisée avec des plates-bandes moulurées. Une différence d’appareil dans les maçonneries suggère des modifications architecturales au fil des siècles.
  • Cave : La cave, divisée en deux espaces par un mur de refend, est couverte par des voûtes en berceau plein-cintre et surbaissé. Ces espaces semi-enterrés étaient probablement utilisés pour le stockage de denrées ou de vin.

Bâtiment 6 : Les extensions

Le bâtiment 6, construit ultérieurement, est divisé en plusieurs salles et possède un escalier en bois. Il est plaqué contre la chaîne d’angle du bâtiment 5 et partage avec lui une charpente et une corniche communes.

  • Rez-de-chaussée : Ce niveau est accessible par une porte carrossable et plusieurs portes piétonnes donnant sur la cour. Les ouvertures, en partie reconstruites, témoignent d’adaptations successives pour répondre aux besoins des occupants.
  • Combles : Les combles du bâtiment 6 ne communiquent pas avec ceux du bâtiment 5 et possèdent leur propre escalier. Cet espace, divisé en deux salles par un mur de refend, était probablement utilisé comme grenier ou comme espace de stockage supplémentaire.

Décors et sculptures

Le Manoir Michelet se distingue par la richesse de ses décors sculptés, qui ornent les façades et les éléments architecturaux :

  • Façade sud du bâtiment 1 : La porte d’entrée, sculptée d’une accolade et moulurée de baguettes et de cavets, est un exemple remarquable de l’art médiéval tardif. Les fenêtres à croisées, ornées de moulures en cavets et baguettes, sont surmontées de linteaux sculptés.
  • Crossettes et rampants : Les rampants du toit sont décorés de crossettes en pierre de taille, représentant des animaux fantastiques ou réalistes, comme un dragon, un chien de chasse ou un cheval cabré. Ces sculptures, inspirées du bestiaire médiéval, ajoutent une dimension symbolique et décorative au manoir.
  • Tour d’escalier : La porte de la tour, surmontée d’un arc en accolade, est encadrée de pinacles et ornée de choux frisés. Ces éléments sculptés, typiques de l’architecture flamboyante, soulignent le caractère seigneurial du manoir.

Charpentes et toitures

Les charpentes des bâtiments 1 et 4, datées de la fin du XVe siècle, sont de type médiéval et présentent des caractéristiques remarquables :

  • Fermes et entraits : Les fermes, composées de chevrons formant des fermes à entrait retroussé et poinçon, sont contreventées par des pannes faitières et des croix de Saint-André. Les entraits et les poinçons, de forme octogonale, sont sculptés de bases et de chapiteaux, ajoutant une touche d’élégance à la structure.
  • Marquage des fermes : Les fermes sont marquées de chiffres romains, indiquant un savoir-faire artisanal et une organisation rigoureuse du chantier de construction.
  • Toitures : Les toits, couverts de tuiles, sont percés de lucarnes en pierre à pignons découverts. Les rampants, ornés de crossettes sculptées, ajoutent une dimension esthétique et symbolique à l’ensemble.

Évolutions architecturales

Au fil des siècles, le Manoir Michelet a subi plusieurs modifications, reflétant les changements de propriétaires et d’usages :

  • Reconstruction des ouvertures : Certaines fenêtres, notamment celles des façades nord et sud du bâtiment 1, ont été reconstruites en pierre blanche, probablement au début du XXIe siècle. Ces modifications, bien que respectueuses de l’esthétique d’origine, témoignent d’une volonté de modernisation et de conservation.
  • Ajout de dépendances : Le bâtiment 6, construit au XVIIe siècle, ainsi que les travées 5 et 6, ont été ajoutés pour répondre aux besoins croissants des occupants. Ces extensions, bien que postérieures à la construction initiale, s’intègrent harmonieusement à l’ensemble architectural.

Certains éléments d'architecture, toujours visibles aujourd'hui, comme les gargouilles rappellent la légende nogentaise du dragon et du boulanger[4].[5]

Sources